La compagnie « L’Arc électrique » a été fondée en février 2011. Elle est installée à Tours, en région Centre. Sa direction artistique est assurée par Charlotte Gosselin, comédienne et auteure.

 

Formée au Conservatoire National de Région de Tours entre 1998 et 2001, elle intègre ensuite l’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes, promotion 2003- 2006. Dès sa sortie, elle travaille sous la direction de Claire Lasne Darcueil, alors directrice du Centre Dramatique Régional Poitou-Charentes et est formée à la marionnette au sein de la Compagnie Arketal à Cannes. Elle quitte le collectif « Les Gueuribands » dont elle était une des fondatrices, en 2011, pour créer la compagnie « L’Arc électrique ».

 

Cette jeune compagnie développe un théâtre humain et engagé, nourrit une démarche citoyenne. Elle répond au souci de travailler à faire du spectacle un objet au présent portant une parole poétique sur notre monde contemporain, d’une part, et reliant le passé à notre actualité, d’autre part. Ce lien, que Charlotte Gosselin considère aujourd’hui comme absent, est sans cesse re-questionné afin de susciter l’émergence d’une parole poétique répondant aux interrogations de chacun sur notre monde actuel.

 

« Durant mes trois années à l’ERAC, j’ai pu m’interroger sur ce qui m’intéressait principalement dans ce métier. Il m’est apparu que ma préoccupation principale répondait à la nécessité de la place du public au cœur de l’acte artistique, à l’importance que pouvait avoir le théâtre dans la Cité. Il demeure essentiel pour moi de ne pas oublier que l’acte de créer, et par là même de prendre la parole, est un acte citoyen. Et je souhaitais le partager. A ma sortie, en juin 2006, j’ai poursuivi ce travail avec Claire Lasne Darcueil et son équipe au Centre dramatique Poitou-Charentes. Les créations étaient toujours envisagées dans l’idée de les jouer hors des murs, trop étroits pour prétendre rencontrer d’autres publics. Ainsi, nous avons sillonné tout le territoire régional, sous chapiteau ou chez l’habitant. Cette expérience, très riche, a conforté ma direction artistique et m’a permis de créer et de jouer, dans ces conditions optimales, mon premier texte « BEN ». J’ai parallèlement beaucoup appris sur l’acte de création au sein de la vie de la compagnie Arketal et de son atelier de construction. J’ai fondé ma compagnie afin de pouvoir, à mon tour, défendre, offrir et partager une parole poétique et politique. Rassembler. »

Charlotte Gosselin, mars 2012

Est-ce vous

Qui comprendrez pourquoi,

Serein,

Sous une tempête de sarcasmes,

Au dîner des années futures

J’apporte mon âme sur un plateau ?

Larme inutile coulant

De la joue mal rasée des places,

Je suis peut-être

Le dernier poète.

Vous avez vu

Comme se balance

Entre les allées de briques

Le visage strié de l’ennui pendu,

Tandis que sur le cou écumeux

Des rivières bondissantes,

Les ponts tordent leurs bras de pierre.

Le ciel pleure

Avec bruit,

Sans retenue,

Et le petit nuage

À au coin de la bouche,

Une grimace fripée,

Comme une femme dans l’attente d’un enfant

À qui dieu aurait jeté un idiot bancroche.

De ses doigts enflés couverts de poils roux, le soleil vous a épuisé de caresses, importun comme un bourdon.

Vos âmes sont asservies de baisers.

Moi, intrépide,

je porte aux siècles ma haine des rayons du jour

l’âme tendue comme un nerf de cuivre,

je suis l’empereur des lampes.

Venez à moi, vous tous qui avez déchiré le silence,

Qui hurlez,

Le cou serré dans les nœuds coulants de midi.

Mes paroles,

Simples comme un mugissement,

Vous révèleront

Nos âmes nouvelles,

Bourdonnantes

Comme l’arc électrique.

De mes doigts je n’ai qu’à toucher vos têtes,

Et il vous poussera

Des lèvres

Faites pour d’énormes baisers

Et une langue

Que tous les peuples comprendront.

Mais moi, avec mon âme boitillante,

Je m’en irai vers mon trône

Sous les voûtes usées, trouées d’étoiles.

Je m’allongerai,

Lumineux,

Revêtu de paresse,

Sur une couche moelleuse de vrai fumier,

Et doucement,

Baisant les genoux des traverses,

La roue d’une locomotive étreindra ton cou.

 

Vladimir Maïakovski, 1923